REFLEXION DU MOIS

MAI 2022

 

 

 

 

Se nourrir des célébrations : l’importance de la liturgie

L’Eglise catholique a connu, il y a 60 ans, une grande réforme liturgique. Dans l’espérance de permettre au « peuple » de mieux s’en nourrir spirituellement, on a voulu traduire les lectures et les prières en langue contemporaine, rendre les assemblées plus communautaires en demandant au prêtre de se tourner vers les fidèles, renouveler les chants d’assemblées… Dans leur enthousiasme, les réformateurs pensaient faire œuvre de renaissance pour l’Eglise.


60 ans après, pourrait-on dire qu’on vit un désenchantement ? En tout cas, la sauce n’a pas pris. La grande majorité du Peuple chrétien a déserté les liturgies. La traduction des lectures (pour nous en français) ne les a pas rendues plus compréhensibles, et parfois même a fait l’effet contraire si j’entends le discrédit porté sur les extraits des épîtres de Saint Paul, ainsi que sur la Prière Eucharistique qui devrait être l’action culminante de l’Eucharistie.


Cherchez l’erreur… Sans doute la désaffection vis-à-vis de l’Eglise n’est-elle pas imputable qu’à la liturgie. Autant le message du Christ touche nombre de nos contemporains, autant sa mise en œuvre dans la liturgie ne parle guère. Or, là est pourtant sa raison d’être : la liturgie est, disent les théologiens, un don, un cadeau de Dieu, pour que nous puissions mieux vivre de sa présence et de son Esprit, nous nourrir de l’Ecriture qui devient Parole, de la prière commune, de la joie de se retrouver…


Comme prêtre devant présider les assemblées, j’ai souvent le sentiment qu’on en demande trop au prêtre. Comme si la qualité d’une liturgie tenait au prêtre ou en tout cas à la qualité de ses homélies, à la dimension communautaire de sa relation avec l’assemblée, à sa présence à l’autel, etc…


« Animer » une liturgie... Animer, c’est mettre une âme. On peut animer une réunion, animer une salle, un stade. Mais peut-on « animer » une liturgie ? Oui, il y a des assemblées animées par des prêtres ou des pasteurs particulièrement charismatiques – communicants, stimulants, interpelants. Que de fois des paroissiens, au retour de vacances, me disent avoir rencontré un prêtre formidable qui, s’il était dans notre paroisse, la remplirait en moins de deux… Pourquoi pas ? Rendons grâce au Seigneur pour les assemblées d’Eglise vivantes. Mais beaucoup de prêtres qui se sont donnés pour mission d’être « animateurs » de liturgies en ont parfois fait trop, avec le risque, ne parvenant pas à réaliser leur projet tel qu’ils le souhaitent, de devenir durs, autoritaires, cassants. Et parfois cassés, désabusés, abandonnant alors le combat et son enjeu.


En ce qui me concerne, je réfléchis à d’autres voies. Le prêtre est amené à devoir assurer la fonction de présidence, mais il peut choisir de le faire d’une manière qui encourage les participants à apporter aussi leur richesse, ce qui n’est pas dans l’air du temps. Il suffit de voir, par exemple en politique, ce qu’on attend d’un président de parti ou, en France, d’un président de la République. Un homme, une femme forte, « sauveur du monde ». Heureusement, dans l’Evangile du lavement des pieds, lu le jeudi saint, Jésus dit : « Chez vous, il n’en sera pas ainsi ».


En fait, la liturgie reflète notre façon de faire Eglise, où chacun (e) apporte sa contribution, sa grâce, dans la décoration, le chant, la lecture et son commentaire, les annonces, l’accueil et l’attention aux autres et finalement la participation attentive de chaque fidèle. A l’occasion du synode, travaillons notre façon de faire Eglise. Puisse ainsi notre liturgie, dans l’esprit de la Pentecôte, manifester une vraie présence de l’Esprit qui nous nourrisse et nous conduise à être témoins du Christ ressuscité.


Abbé Benoît Hauzeur.

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