REFLEXION DU MOIS

SEPTEMBRE 2020

La rentrée 2020 a une couleur particulière, une atmosphère un peu floue qui nous laisse sentir sans répit que la vie, notre vie, est indissociable d’un ensemble plus grand qu’elle. Cette pandémie nous donne à percevoir l’existence d’une interconnexion humaine inévitable. Aujourd’hui, on ne peut plus aussi facilement se dire que ce qui arrive ailleurs ne nous impacte pas. L’occasion de savoir cela nous fut déjà offerte au travers de nombreux signes révélés par la nature et la planète elle-même. Comme si ces signes-là, ou comme si les nombreux signes de déséquilibres sociaux qui parlaient déjà n’avaient pas suffi, le Covid-19 est arrivé, impacte notre vivre ensemble et nous apporte une occasion de penser autrement ce dernier.

Le Pape François écrit : « La crise écologique est un appel à une profonde conversion intérieure » (Laudato Si, n° 217). Il poursuit et évoque la vocation de protecteurs de l’œuvre de Dieu, cette vocation est celle de chacun, des humains, des baptisés. Il ajoute que ce n’est pas une option, un aspect secondaire dans nos existences, mais bien essentiel. Si cette conversion est à entendre, ou à réentendre et à actualiser aujourd’hui, au travers de ce que nous vivons sur le plan sanitaire, l’appel se fait plus large, l’appel au soin et à la protection de la vie est incessant, et la démarche de conversion est certes individuelle mais inévitablement aussi communautaire.

Il est difficile de vivre cet appel communautaire dans l’ambiance de légitimité individualiste qui s’est installée dans notre époque. Ne soyons pas radicaux, tout individualisme n’est pas à proscrire, il importe que chacun prenne la responsabilité et le soin de lui-même, s’il le peut. Et après... Parfois, c’est comme si on nous faisait croire que l’individualisme suffit et nous ouvrira d’incessants nouveaux horizons... Personnellement, je pense qu’à un moment, notre individu, cette personne qui nous est confiée, verra sens à ouvrir son être à l’« autre » que lui-même. Et cette démarche est souvent précipitée par les événements imprévus de la vie.

L’imprévu est parmi nous, l’existence que nous partageons, nous impose des événements de de tous ordres qui ont pour point commun de nous révéler la fragilité intrinsèque de notre existence. Nous avons beau faire tout ce qui est possible pour l’éviter, pour ne pas la voir, elle revient et nous saute à la figure...

La lecture de cela, souvent négative, teintée de peur, d’angoisse, d’une recherche d’un coupable ou d’un responsable peut devenir une occasion favorable : une occasion de trouver un autre angle de vue, de choisir un ajustement personnel ou collectif, et de commencer le chemin proposé de la conversion.

Face à ce qui nous arrive, on pose un avis, voire même parfois un jugement. C’est injuste, parfois nous en viendrions presque à penser que même Dieu est injuste, nous estimant mal aimés ou non respectés.

Au cours de ce mois de septembre, l’Evangile selon St Matthieu (Dim 20/9/20 : Mat 20, 1-16) vient nous apporter une piste de réflexion. Jésus y raconte une parabole ; il la raconte à ses disciples, à ses proches. Peut-être est-ce parce qu’elle est difficile qu’il choisit de la confier à ceux qui sont là, avec lui, pour la leur expliquer avec soin, avant qu’eux-mêmes ne partent vers d’autres pour la confier à leur tour. Elle comporte un trésor... Oui, le trésor est caché dans cette parabole car Jésus y révèle quelque chose d’important. Il va laisser voir à ses interlocuteurs la logique de Dieu. Ce qui est précieux est aussi complexe ici, car entendre ce que le récit révèle implique intrinsèquement un ajustement, ou une conversion pour celui qui veut la recevoir et la comprendre. La logique relationnelle est Autre. La logique de Dieu ne cadre pas avec la nôtre !

En résumé, voilà l’histoire : un travailleur qui a travaillé de 9h à 17h, reçoit une pièce comme convenu dans son contrat. Tout va bien. Ensuite, celui qui est arrivé plus tard, voire très tard, et a travaillé de 16h à 17h, reçoit aussi une pièce, une pièce de la même valeur. Je n’oserais pas ouvrir un débat devant quiconque réclamerait l’équité ici... C’est indéfendable, inexplicable.

Mais pour Dieu, c’est autrement. Jésus révèle ici une nouvelle logique, tous ne la comprendront pas, certains auront besoin de temps peut-être pour y repenser... Mais cela n’impacte pas la logique de Dieu qui est celle de l’Evangile, n’est-ce pas justement ce qui est signifié quand on dit : cette Parole est Nouvelle ? Et peut-être est-ce que, comme toute nouveauté, elle heurte nos schémas mentaux bien installés ?

Les réclamations fusent, le maitre du domaine est interpellé avec force, comme cela pourrait l’être aujourd’hui d’ailleurs : « Ceux-là, les derniers venus, n’ont fait qu’une heure, et tu les traites à l’égal de nous, qui avons enduré le poids du jour et la chaleur ! ».

Et le maitre, en douceur, explique sa logique : le salaire était convenu, et le maitre peut choisir de donner aux derniers autant qu’aux autres. Si le maitre est bon, c’est bien pour tous, en fait ? Vous allez me dire que, quand même, ce n’est pas juste ?

Et peut-être que c’est là que la logique de Dieu est révélée. Et si pour Dieu, l’important était de rejoindre. Et si pour Dieu, prendre part à l’ouvrage était supérieur en valeur, à la durée ? Dieu est stable, Il dure et Il appelle. Il accueille, Il rassemble, l’histoire prend forme, Il les aime tous, Il les invite à voir la vie plus loin que la vie...

Que cette année pastorale nouvelle soit, pour chacun de nous comme pour toute l’Eglise et pour notre Unité Pastorale en particulier, une occasion de recevoir la logique nouvelle, celle de l’Esprit de Dieu.                                              

 

Anne Van Bunnen.

CONTACT

Secrétariat de l'Unité Pastorale "Les Cerisiers" 

et presbytère 

upcerisiers@gmail.com

02 672 52 29 (mar & jeu de 14h à 17h - ven de 9h à 12h)

rue du Loutrier, 50

1170 WATERMAEL-BOITSFORT