REFLEXION DU MOIS

MARS 2021


Le grain de sable dans la machine…

C’est le titre d’une émission de télévision au sujet de la pandémie actuelle et de ses effets. Le projet étant de présenter l’apparition et la propagation du virus comme le grain de sable qui « grippe » (le mot tombe bien) toute notre machine économique et sociale. Sous l’effet de la mondialisation, de la suppression de tout ce qui freine ou entrave la libre-entreprise, la concurrence, etc…, notre système socialµ ainsi que les chaînes de production et de commercialisation se sont révélés bien fragiles. Il en est de même pour notre système médical qui, suite aux années de restrictions budgétaires, apparaît à la limite de la saturation. Sans parler de l’incapacité des structures étatiques et des relais politiques à avoir une stratégie cohérente de lutte contre la pandémie…


Le grain de sable... Dans la symbolique chrétienne du Carême durant lequel nous sommes invités à aller au désert, l’image du grain de sable est bien sûr évocatrice. S’il y a bien un lieu où le grain de sable est présent, c’est au désert. Là, il y en a des millions, de grains de sable.


Laissons-nous travailler - en négatif et en positif - par l’image du grain de sable qui bloque la machine.


En négatif... Le virus, comme grain de sable, a comme mis à l’arrêt les structures communautaires, et en particulier paroissiales. Il n’est quasi plus possible de se retrouver ensemble. Les groupes de partage, les chorales, les catéchèses, les visites dans les maisons de repos, les messes du dimanche… tout se retrouve en mode « veille ». Certes, il y a les possibilités de téléconférence, de liturgie télévisée ou en vidéo. Mais même de cela, on se lasse. Le grain de sable ne sera-t-il pas mortel pour nos communautés, voire pour notre vie chrétienne personnelle ? Beaucoup vont perdre l’habitude d’aller à la messe le dimanche matin. Et sans ces repères rituels et communautaires, ne finira-t-on pas par se laisser absorber par l’indifférence religieuse actuelle ? Pourrait-on dire que l’existence de l’Eglise est en jeu ?


Et en positif ? Demandons-nous : quelle est la machine que le grain de sable arrête ? Il y a d’abord la machine de la consommation. Etant confinés, nous avons moins acheté et moins consommé. Beaucoup ont également redécouvert combien des activités simples donnent aussi du goût à la vie : faire de la cuisine savoureuse, passer une journée en Ardennes, lire un bon livre, regarder un documentaire... La crise liée à la pandémie ne nous aide-t-elle pas à entrer dans un monde nouveau, vers lequel nous conduisent déjà d’autres crises telles que la crise climatique, la délocalisation du travail, l’émergence de l’intelligence artificielle ? N’est-ce pas l’occasion de prendre le bon tournant ?


Dans notre vie chrétienne, le grain de sable peut aussi être positif. Au fond, Jésus a été un fameux « grain de sable » dans la machinerie religieuse de son époque. « Le sabbat est fait pour l’homme et pas l’homme pour le sabbat », « Quand tu pries, ne te donne pas en spectacle… », « Heureux les pauvres. Le Royaume des cieux est pour eux ». Et que dire du grain de sable qu’a été la résurrection : alors que les grands prêtres et les soldats pensaient que la calme était revenu, voilà que la mort n’a plus le dernier mot… « Il est ressuscité d’entre les morts ».


En ce temps de Carême, je propose de nous laisser travailler positivement par le grain de sable. Dans le contexte que nous vivons, quel est le grain de sable que le Christ a déposé ou que l’Esprit (le vent du désert) a apporté ? Quelle est la machine, le mode de fonctionnement, qui mérite d’être laissé à l’arrêt ? Et à partir de là, comment mettre en route une autre dynamique ou en tout cas adopter un meilleur mode de fonctionnement ?

 

Le temps du Carême est marqué par le jeûne, la prière, le partage. De quoi serait-il bon de jeûner ? Il y a la nourriture du corps, mais on peut aussi se nourrir de la télévision, des réseaux sociaux; on peut se nourrir de ressentiments, de ragots… Le but du jeûne est de retrouver le goût de la disponibilité, de la vie intérieure, de la prière, et de s’écouter, d’écouter les autres, d’écouter le Seigneur ; contempler, rendre grâce, redire lentement le Notre Père. Qu’est-ce que le règne de Dieu ? Comment faire pour que chacun(e) reçoive « notre pain de ce jour » ? Comment entrer dans le pardon reçu et donné ? Comment être libéré du mal ?...

 

Bon Carême,


Abbé Benoît HAUZEUR. 

CONTACT

Secrétariat de l'Unité Pastorale "Les Cerisiers" 

et presbytère 

upcerisiers@gmail.com

02 672 52 29 (mar & jeu de 14h à 17h - ven de 9h à 12h)

rue du Loutrier, 50

1170 WATERMAEL-BOITSFORT