REFLEXION DU MOIS

NOVEMBRE 2020

Vivre la maladie comme apocalyptique, révélatrice

Nous vivons une période difficile, qui nous déstabilise constamment. A travers mon témoignage, je voudrais vous partager quelques réflexions.

J’ai attrapé le covid-19, sans trop savoir comment. Pourtant, j’avais essayé de respecter toutes les mesures proposées (port du masque, respect des distances et des gestes barrière, aération des locaux, etc.). Mais voilà… Heureusement pour moi, j’ai traversé la maladie sans grand dommage, avec des symptômes relativement faibles (un peu de fièvre, de la fatigue...). Je m’étais mis en quarantaine dès les premiers signes de la maladie, sans avoir (semble-t-il) contaminé d’autres personnes. Car le covid-19 sait être rude.

Quand tout s’arrête, mais qu’on a la chance de n’être pas trop préoccupé par sa santé, que faire ? D’abord, essayer de rester positif. Pas facile, car la maladie est inquiétante : sans cesse, j’étais attentif aux signaux indiquant un possible basculement dans une crise plus grave.

Aussi, rester en communication avec d’autres. Vivant seul, devant rester confiné, c’est par le téléphone ou par les mails que j’entre en communication. Répondre aux proches qui viennent aux nouvelles. Accueillir l’angoisse de ceux qui craignent pour moi. Accueillir l’angoisse de ceux qui craignent pour eux-mêmes. Accueillir les propositions d’aide (certes bienvenues), puisque je ne puis faire moi-même mes courses. Et puis, outre le travail à faire malgré tout, prendre le temps de la lecture, de la réflexion, de la prière. De la « vie intérieure », comme on appelle ce temps où on est seul avec soi-même et avec le Seigneur.

Je repense au mot « apocalyptique ». Je le retrouve dans la presse pour désigner la pandémie : une apocalypse, une catastrophe, un drame. Oui et non. En grec, le mot « apocalypse » signifie « révélateur », « éclairant ». Ce que nous vivons s’apparente plutôt à la nuit, aux ténèbres. Mais ce que nous vivons peut aussi être éclairant. Dans mes contacts, éclairant de ce qui nous habite les uns les autres. Eclairant aussi de notre organisation sociale et politique, de notre fragilité : les restrictions aux relations, la mise à l’arrêt du culturel et du cultuel, les obligations de protection, la difficulté à être testé, le manque de prévoyance et d’anticipation… Dans un premier temps (et encore parfois maintenant), j’ai vu que j’étais habité par une colère, y compris contre moi-même, qui n’ai peut-être pas non plus été assez prévoyant. A côté de la colère, j’ai vu aussi d’autres émotions : l’angoisse, l’impuissance. La maladie m’a éclairé sur mes émotions et sur ce qui s’agite en moi.

La maladie isole et le covid-19 en particulier. Mais, comme je l’ai dit, elle m’unit aussi à celles et ceux qui ont la même maladie ou qui souffrent. De là, naît une attention aux autres, voire une solidarité fraternelle. De là où je suis, que puis-je faire pour eux ou avec eux ?

Je laisse tout ce que d’autres m’ont partagé ou ce que je lis et entends à la radio, se déposer en moi et être éclairé dans la prière, dans laquelle je laisse venir la présence lumineuse du Seigneur (si souvent confinée par « ce qu’il a à faire »). Il y a des moments de prière plus formels (proposés par ex. sur le site de l’AELF). Mais la prière est un état d’esprit. Une apocalypse, un éclairage, une révélation.

Le temps de la maladie m’a mis en carême (quarantaine), hors-jeu, mais aussi il m’a remis au cœur du monde. J’en sors avec des désirs tels que, dès que ce sera possible, nous retrouver « en présentiel », avoir des liturgies simples (avec moins d’agitation, mais de la profondeur), se promener, regoûter à la vie normale. Ce sera pour plus tard, en temps possible (« Il y a un temps pour chaque chose » est-il écrit au livre de Quohelet, ch. 3).

Je me demande si je n’ai pas un peu mieux compris ce qu’est la communion des saints qu’on va fêter (mais non célébrer…), en ce jour de la Toussaint. Puisse ce que j’ai découvert, me rendre plus « éclairé », attentif à ce qui se vit autour de moi et à la grâce d’être en communauté d’Eglise.

 

Bonne fête de Toussaint.

 

Abbé Benoît Hauzeur.

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